Qui sont les pirates citoyens? (complément)
Voici un petit billet faisant suite à une entrevue radio à laquelle j’ai participé avec Jonathan Brun: Qui sont les pirates citoyens? J’en profite pour remercier l’équipe de L’après-midi porte conseille de nous avoir inviter à causer de la question des données ouvertes, un sujet pas forcément ultra-sexy en soi.
Ce genre d’entrevue permet de remettre en contexte notre propre travail et d’essayer d’expliquer simplement ce que nous, ces “pirates citoyens”, essayons de faire. Le présent texte vise à compléter certains éléments discutés; il est donc préférable d’écouter l’entrevue (15 minutes), mais ce n’est pas une obligation.
Commençons par un errata: J’ai dit dans l’entrevue qu’un des pays d’avant-garde en open data est l’Éthiopie. C’est une erreur de ma part, il s’agit en fait de son voisin du sud, le Kenya avec notamment un incroyable portail de données ouvertes.
Les hackers
L’introduction de l’entrevue se fait sur les hackers en prenant comme exemple Mafia Boy. Est-ce que les geeks jouant dans les données ouvertes se voient comme des Mafia Boy en puissance? Clairement non. Mais on paie la monnaie de notre pièce en utilisant ce terme avec tous les symboles qui viennent avec. Ceci dit, le hacker est avant tout un bidouilleur, et pas seulement d’informatique. À titre d’exemple Ikea Hackers permet à n’importe qui de proposer des idées pour customiser vos achats suédois.
Vision un peu manichéenne du méchant (Black hat) contre le gentil (White hat). La ligne est évidemment mince et plusieurs regroupements de vrais hackers comme le Chaos Computer Club ou Cult of the Dead Cow pourraient être tour à tour taxés de l’un ou de l’autre. Par ailleurs, bon nombre de ces black hat sont avant tout des script kiddies, des personnes qui se contentent de réutiliser une recette de cuisine informatique pour faire une connerie, parfois grosse. Mafia Boy, justement, peut être qualifié de script kiddie puisqu’il pas créé grand-chose par lui-même.
Évidemment, à mes yeux les hackers oeuvrant dans le domaine des données ne peuvent être considérés comme Black hat, mais vraiment pertinent de se poser de telles questions?
Applications “Open data”, du piratage?
Bien que la majorité des applications open data a une vocation constructive, cela passe parfois par des actes à la limite de légalité. Le cas le plus fréquent est la violation de clauses de redistribution des données. En effet, la plupart des données gouvernementales sont protégées, implicitement ou explicitement, par un droit d’auteur qui comporte des limitations en matière de réutilisation. À cause de cela, un site comme ZoneCone peut être considéré comme illégal. Ceci dit, il est rare que les gouvernements se prévalent de leurs droits dans des cas d’utilisations positives.
C’est à cause de ces restriction que considérer que des données sont ouvertes, il ne faut pas seulement qu’elles soient disponibles, il faut aussi qu’elles soit soumises à une licence qui permette la réutilisation. C’est ce qu’a fait Montréal l’année dernière, à l’instar de plusieurs autres villes dans le monde, .
Autre élément qui tient du hacking: l’extraction de l’information. Par exemple, lorsque ZoneCone a été lancé, la Ville de Montréal ne publiait pas encore son fichier d’entrave routière. Il a donc fallu fouillé les entrailles du site pour trouver l’information. C’était un cas classique: le site présentait une carte Google des chantiers. Or carte Google = information disponible quelque part. En regardant le code de la page web et en faisant appel à un outil d’analyse, il est assez facile de remonter à la source. Est-ce illégal en soi? Pas vraiment car l’information est vraiment disponible sur le site, mais ce genre de procédé n’est pas toujours apprécié!
Utilisation économique
Vers la fin de l’entrevue, l’animatrice soulève la question de l’utilisation des données à des fins commerciales. C’est un sujet très riche. Notre position à Jonathan et à moi, est que l’utilisation commerciale est souhaitable car porteuse de produits intéressants pour le public et positifs pour l’économie. Ce n’est pas pour rien que l’Europe table sur des revenus de 40 milliards d’euros en ouvrant ses données! Sont-ils trop gourmands? Possiblement. Mais ça montre le potentiel économique de cette logique d’ouverture, y compris pour les entreprises.
Cependant, il ne faut pas non plus que les gouvernements se libèrent de certains leurs rôles au motif que les données sont ouvertes. Ainsi couper dans les effectifs de Statistique Canada parce que le gouvernement a ouvert ses données serait une erreur incommensurable. Supprimer des services en ligne du gouvernement là encore parce qu’il existe un portail de données n’est pas non plus une bonne idée. Les gouvernements doivent continuer à jouer leur rôle et à fournir des services pertinents; des organismes sans but lucratifs, des volontaires ou des entreprises pourront essayer de combler les trous, il en restera toujours!
Comme pour bien d’autres choses, la limite du rôle du gouvernement est floue. Je vais donc me permettre un petit exemple: celui de ZoneCone. À mes yeux, le gouvernement devrait fournir un outil de base pour visualiser les entraves routières. Ce n’était pas vraiment le cas lorsque ZoneCone a été lancé, ce fut amélioré par la suite. Toutefois, est-ce que le gouvernement devrait faire un site où les gens peuvent s’enregistrer et obtenir des notifications automatique et d’autres fonctionnalités plus complexes? À mes yeux, non. En effet dès qu’on rentre dans des questions de gestion des utilisateurs, de services avancés, etc, le gouvernement doit se demander si l’argent ne devrait pas être investi ailleurs. Mais comme je le disais, la limite est floue.
En espérant avoir clarifier certains propos et ouvert la voie à d’autres réflexions!



