Archive for February 2012


Qui sont les pirates citoyens? (complément)

February 3rd, 2012 — 10:52pm

Voici un petit billet faisant suite à une entrevue radio à laquelle j’ai participé avec Jonathan Brun: Qui sont les pirates citoyens? J’en profite pour remercier l’équipe de L’après-midi porte conseille de nous avoir inviter à causer de la question des données ouvertes, un sujet pas forcément ultra-sexy en soi.

Ce genre d’entrevue permet de remettre en contexte notre propre travail et d’essayer d’expliquer simplement ce que nous, ces “pirates citoyens”, essayons de faire. Le présent texte vise à compléter certains éléments discutés; il est donc préférable d’écouter l’entrevue (15 minutes), mais ce n’est pas une obligation.

Commençons par un errata: J’ai dit dans l’entrevue qu’un des pays d’avant-garde en open data est l’Éthiopie. C’est une erreur de ma part, il s’agit en fait de son voisin du sud, le Kenya avec notamment un incroyable portail de données ouvertes.

Les hackers

L’introduction de l’entrevue se fait sur les hackers en prenant comme exemple Mafia Boy. Est-ce que les geeks jouant dans les données ouvertes se voient comme des Mafia Boy en puissance? Clairement non. Mais on paie la monnaie de notre pièce en utilisant ce terme avec tous les symboles qui viennent avec. Ceci dit, le hacker est avant tout un bidouilleur, et pas seulement d’informatique. À titre d’exemple Ikea Hackers permet à n’importe qui de proposer des idées pour customiser vos achats suédois.

Black hat vs white hat

Vision un peu manichéenne du méchant (Black hat) contre le gentil (White hat). La ligne est évidemment mince et plusieurs regroupements de vrais hackers comme le Chaos Computer Club ou Cult of the Dead Cow pourraient être tour à tour taxés de l’un ou de l’autre. Par ailleurs, bon nombre de ces black hat sont avant tout des script kiddies, des personnes qui se contentent de réutiliser une recette de cuisine informatique pour faire une connerie, parfois grosse. Mafia Boy, justement, peut être qualifié de script kiddie puisqu’il pas créé grand-chose par lui-même.

Évidemment, à mes yeux les hackers oeuvrant dans le domaine des données ne peuvent être considérés comme Black hat, mais vraiment pertinent de se poser de telles questions?

Applications “Open data”, du piratage?

Bien que la majorité des applications open data a une vocation constructive, cela passe parfois par des actes à la limite de légalité. Le cas le plus fréquent est la violation de clauses de redistribution des données. En effet, la plupart des données gouvernementales sont protégées, implicitement ou explicitement, par un droit d’auteur qui comporte des limitations en matière de réutilisation. À cause de cela, un site comme ZoneCone peut être considéré comme illégal. Ceci dit, il est rare que les gouvernements se prévalent de leurs droits dans des cas d’utilisations positives.

C’est à cause de ces restriction que considérer que des données sont ouvertes, il ne faut pas seulement qu’elles soient disponibles, il faut aussi qu’elles soit soumises à une licence qui permette la réutilisation. C’est ce qu’a fait Montréal l’année dernière, à l’instar de plusieurs autres villes dans le monde, .

Autre élément qui tient du hacking: l’extraction de l’information. Par exemple, lorsque ZoneCone a été lancé, la Ville de Montréal ne publiait pas encore son fichier d’entrave routière. Il a donc fallu fouillé les entrailles du site pour trouver l’information. C’était un cas classique: le site présentait une carte Google des chantiers. Or carte Google = information disponible quelque part. En regardant le code de la page web et en faisant appel à un outil d’analyse, il est assez facile de remonter à la source. Est-ce illégal en soi? Pas vraiment car l’information est vraiment disponible sur le site, mais ce genre de procédé n’est pas toujours apprécié!

Utilisation économique

Vers la fin de l’entrevue, l’animatrice soulève la question de l’utilisation des données à des fins commerciales. C’est un sujet très riche. Notre position à Jonathan et à moi, est que l’utilisation commerciale est souhaitable car porteuse de produits intéressants pour le public et positifs pour l’économie. Ce n’est pas pour rien que l’Europe table sur des revenus de 40 milliards d’euros en ouvrant ses données! Sont-ils trop gourmands? Possiblement. Mais ça montre le potentiel économique de cette logique d’ouverture, y compris pour les entreprises.

Cependant, il ne faut pas non plus que les gouvernements se libèrent de certains leurs rôles au motif que les données sont ouvertes. Ainsi couper dans les effectifs de Statistique Canada parce que le gouvernement a ouvert ses données serait une erreur incommensurable. Supprimer des services en ligne du gouvernement là encore parce qu’il existe un portail de données n’est pas non plus une bonne idée. Les gouvernements doivent continuer à jouer leur rôle et à fournir des services pertinents; des organismes sans but lucratifs, des volontaires ou des entreprises pourront essayer de combler les trous, il en restera toujours!

Comme pour bien d’autres choses, la limite du rôle du gouvernement est floue. Je vais donc me permettre un petit exemple: celui de ZoneCone. À mes yeux, le gouvernement devrait fournir un outil de base pour visualiser les entraves routières. Ce n’était pas vraiment le cas lorsque ZoneCone a été lancé, ce fut amélioré par la suite. Toutefois, est-ce que le gouvernement devrait faire un site où les gens peuvent s’enregistrer et obtenir des notifications automatique et d’autres fonctionnalités plus complexes? À mes yeux, non. En effet dès qu’on rentre dans des questions de gestion des utilisateurs, de services avancés, etc, le gouvernement doit se demander si l’argent ne devrait pas être investi ailleurs. Mais comme je le disais, la limite est floue.

En espérant avoir clarifier certains propos et ouvert la voie à d’autres réflexions!

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TranspoCampMtl: une aventure qui commence

February 1st, 2012 — 11:04pm
Ce billet est écrit en collaboration avec l’équipe du Living Lab de Montréal qui a organisé l’événement et est publié sur leur plateforme collaborative en ligne.

Le TranspoCampMtl a eu lieu mi-décembre et j’ai eu le plaisir de participer à son organisation avec le Living Lab de Montréal. Un mois et demi après l’événement, après avoir ramassé les morceaux et fait bien d’autres choses, voici un petit compte-rendu avec quelques réflexions en prime. Ayant couru une partie de la journée et n’ayant quasiment pas eu le temps de participer à des sessions, mes constatations sont possiblement incomplètes… mais j’espère quand même utiles!

L’organisation de l’événement suivait le modèle des TranspoCamp d’Open Plans et plus généralement la philosophie des non-conférences: Les participants avaient l’occasion de créer eux-mêmes l’agenda de la journée en proposant des ateliers. En plus de la non-conférence, nous avions décidé d’organiser un hackathon. Cette décision découlait des deux motifs: Premièrement c’était l’occasion d’inviter certains partenaires de l’événement à ouvrir des jeux de données pour voir ce qu’il serait possible d’en faire. Deuxièmement nous souhaitions également qu’un certain nombre de geeks, pas nécessairement spécialistes des questions de transports, puissent venir s’ajouter au contingent de participants. Les jeux de données libérés pour l’occasion était des comptages de voitures et de piétons de la Ville de Montréal, les données GTFS de l’AMT (trains et bus de banlieue) ainsi que la localisation des stations d’auto-partage de Communauto. Évidemment toute donnée relative aux transports, à commencer par celles du portail de données ouvertes de Montréal, était utilisable.

Avec un bon 150 personnes dénombrées à l’entrée, nos objectifs en termes purement volumétriques ont été largement rencontré puisque nous visions une centaine de personnes. Plus important encore, nous avons eu la chance d’accueillir une impressionnante variété de participants. Outre les représentants de plusieurs agences de transport, d’organisations gouvernementales et d’entreprises privées oeuvrant dans le domaine des transports, de nombreux citoyens se sont également joint à nous pour parler solutions. Ce résultat était d’autant plus impressionnant que l’événement se déroulait durant la semaine.

Grille horaire des sessions

Grille horaire des sessions

De manière générale, le programme de la journée avait été fait de manière à laisser beaucoup d’espace pour les rencontres informelles et c’est probablement grâce à cela que la mayonnaise a bien pris et que des échanges intéressants ont eu lieu. L’événement a même permis des rencontres entre des personnes qui devraient se parler sur une base régulière mais qui se rencontraient par le première fois. Le tout fut relayé par une couverture médiatique à la hauteur de l’événement. Plusieurs journalistes ont passé une bonne partie de la journée sur place (pas mal plus que ce que j’imaginais) et ont profité de l’occasion pour s’imprégner des discussions et glâner quelques avis ça et là. L’utilisation du hashtag twitter a également permis de bien relayer l’information. Enfin la Maison du développement durable fut un endroit accueillant et qui symbolisait bien une des problématiques derrière les questions de transport: l’environnement.

"Hackers" en action

"Hackers" en action

Évidemment tout ne peut être parfait et quelques éléments mériteraient d’être améliorer pour la prochaine fois. Le premier de ces points est le hackathon. À notre connaissance, c’était une première de mettre ensemble un hackathon et un forum ouvert (unconference) sur les transports. Le but avoué était de mettre en contact ensemble des gens du domaines des transports avec des hackers pour favoriser les échanges sur ce que permettent les technologies récentes.

Cela a bien marché, presque trop bien. Plusieurs développeurs ont en fait passé une bonne partie de la journée dans les sessions à discuter plutôt qu’à coder. Je m’attendais à ce que cela se produise, c’est pour cela que des démos de Mapnificent et Open Trip Planner étaient préparées en parallèle du hackathon. Toutefois certaines personnes ont été un peu déçues de la tournure des événements et auraient souhaité plus de focus sur la partie développement. Résultat net: pour une prochaine il serait probablement préférable d’éviter de mettre les deux événements en parallèle. Une option qui me vient à l’esprit serait d’avoir un hackathon “transport” avant. Des démos des projets réalisés durant le hackathon pouvant être présenté durant la conférence. C’est le genre de question qui mériterait d’être réfléchie, les commentaires sont les bienvenus!

Reconnaissons tout de même le travail qui a été fait: plusieurs personnes ont découvert des technologies ou des plateformes comme Open Street Map et c’est un point à noter car le partage de connaissance est un élément central des hackathons. Au rang des réalisations, on peut aussi noter Opti-bixi,une application web visant à mettre en parallèle la localisation des stations Bixi avec l’achalandage piétonnier des intersections (jeu de données de la Ville). La logique derrière: Bixi sert entre autres à accélérer des trajets à pied, donc une forte concentration de piétons qui ne serait pas desservi par une station est perçu comme une opportunité manquée. Toute ceci rentre dans une logique très en vogue d’optimiser la ville notamment en améliorant l’efficacité des transferts multi-modaux.

Capture d'écran d'opti-bixi

Opti-Bixi

Autre élément qui m’a surpris: la taille des ateliers. Nous nous attendions à des ateliers de 10-15 personnes en moyenne. Nous avons plutôt obtenus des ateliers de 20-30 personnes (et donc moins d’ateliers). La conséquence que j’y vois: peut-être moins de sujets abordés et surtout plus de difficultés pour chacun de s’exprimer. D’un autre coté, il se peut que plusieurs personnes étaient principalement là pour écouter. Parmi les (rares) commentaires que j’ai eu le sujet, il semblait que l’espace utilisé (l’atrium) favorisait les attroupements plus importants.

Peut-être qu’un espace plus vaste, avec des zones plus séparées, aurait permis l’émergence de plus petits groupes. Il m’est difficile d’en juger de manière certaine. Pour une prochaine fois, il faudrait prévoir en conséquence et voir comment les choses évoluent. Chose certaine, le but n’est pas de forcer des grands ou des petits groupes mais de favoriser la communication et l’émergence des sujets de discussion. Là aussi, les commentaires sont les bienvenus.

Au rang des bonnes surprises (qui est cependant une surprise “travaillée”): l’effort pour garder une trace! Durant une des rencontres de préparation, j’ai lancé en guise de provocation qu’hormis des relations, il ne reste généralement rien d’un camp (au sens “rien de tangible”). Souvent le tout est trop informel pour garder une trace. C’était mal connaitre Louise Guay et le Living Lab! L’organisation des ateliers prévoyait d’avoir des rapporteurs qui ont pris des notes. Une personne était responsable de collecter ces notes puis elles furent retranscrites. Le résultat se retrouve désormais sur la plateforme collaborative du Living Lab, disponible pour tous!

Et pour ceux qui se demandent si ZoneCone est toujours vivant, la réponse est oui! Et j’espère pouvoir annoncer quelques nouvelles prochainement.

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