Archive for September 2011


ZoneCone.ca: génèse d’une application Open Data

September 28th, 2011 — 9:49am

Ce billet est “crossposté” avec MontréalOuvert

Se lancer dans une application “open data” est souvent plus facile qu’on croit: on commence par jouer avec des données, mettre en place une base de données, créer quelques scripts et on est parti sans même l’avoir planifié! Mais la suite nécessite de se poser quelques questions…

Les technicalités

Tout ce qui tourne autour des données ouvertes est souvent perçu comme un travail de geek. C’est vrai que ça prend des lignes de code. Cependant de plus en plus, avec des frameworks de développement et les outils existant, il est possible de faire des systèmes assez complets en assez peu de temps et avec des compétences assez limitées. Il faut apprendre à coller des blocs ensemble mais l’information est largement disponible en ligne. Je ne suis pas un développeur, j’ai appris le développement sur le tard comme beaucoup d’autres!

De même pour l’hébergement du site, il est fascinant de voir l’offre qui est maintenant disponible et la manière dont tout est rendu facilement accessible. ZoneCone est hébergé pour 20$/mois avec la possibilité d’augmenter la taille du serveur en 15 minutes et de payer le serveur amélioré uniquement au prorata du temps utilisé et sans frais de transfert. Facile… ou presque!

Certes, avoir des outils encore plus accessibles aux non-informaticiens est nécessaire, mais obtenir quelque chose de viable est plus facile qu’on ne l’imagine de l’extérieur.

Le légal

Un des points qui est rapidement venu me hanter est celui des licences des données sources utilisées par l’application. Celles du MTQ étaient couvertes par le Droit d’auteur gouvernemental pour lequel une application de type mashup est dans une zone grise. Les données de la Ville de Montréal, elles, n’étaient pas clairement licenciées.

Le risque était donc de voir l’application poursuivie en justice après le lancement. Cependant, après avoir discuté avec d’autres développeurs d’applications, des personnes de Montréal Ouvert et du Cippic, une poursuite semblait assez peu probable. De manière générale, tout le monde était d’avis que tant que l’application n’avait pas de conséquence ou d’objectif malfaisant, des organismes publics ne se risqueraient pas à une poursuite. Le principal risque était donc de voir l’application se faire bloquer l’accès aux données sources.

Le lancement

Une des questions qui s’est posée était de savoir quand lancer? Attendre que l’application soit bien développée (et surement attendre plusieurs mois de plus) ou lancer rapidement. La plupart des personnes consultées ont proposé de lancer rapidement une application pas nécessairement complétée. La raison est double: comme les startups, il est intéressant de lancer rapidement et de faire des itérations par la suite pour pouvoir prendre en compte les remarques des utilisateurs dans les évolutions de l’application.

Par ailleurs dans le cadre actuel, notamment à Montréal, le but est surtout d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur la pertinence des données ouvertes. Sachant que le données utilisée par ZoneCone étaient parfois hasardeuses (certaines incohérences étaient évidentes), il semblait vain de perfectionner l’application puisque les résultats seraient toujours liés à la qualité des données. Ainsi ZoneCone a été lancée rapidement bien que pas vraiment finalisé (et loin de l’être encore aujourd’hui).

Et enfin, si l’application n’atteignait pas se cible, je n’aurais pas passé plus de temps que nécessaire dessus.

La communauté

L’existence d’une communauté Open data (et plus généralement “geek”) demeure un élément central dans la réalisation d’un tel projet. N’étant un expert en rien, j’avais beaucoup à apprendre et j’ai pu compter sur les conseils et l’aide de plusieurs personnes pour avancer. Bien qu’Internet permette de joindre n’importe qui dans le monde, mes expériences ont montré que le taux de réponse et la qualité des réponses des personnes rencontrées localement étaient supérieures à celles venant de plus loin. Cela peut sembler évident mais c’est un rappel de l’utilité de bâtir des communautés locales et de les faire vivre pour favoriser l’échange d’idées et le support mutuel.

Forcer (un peu) le passage

Les membres de la communauté “open data” veulent des données mais les organismes publics sont souvent hésitants. Dans ce contexte, développer une application mettant en oeuvre les données en question, même de manière partielle et incomplète, demeure un très bon moyen pour provoquer les choses!

A titre d’exemple, le groupe de travail de la Ville de Montréal sur les données ouvertes était en plein travail lors de la publication de ZoneCone.ca. Ceci a donné encore plus de force à leur initiative en rappelant aux différents échelons de gouvernance la pertinence de la démarche. Évidemment rien n’est garanti, mais une démonstration de ce qui est faisable (et une certaine couverture médiatique) demeure un très bon moyen pour faire évoluer les esprits et c’est finalement un des premiers objectifs des mouvements comme Montréal Ouvert.

Comment » | Données Ouvertes, ZoneCone

Les données ouvertes pour (essayer de) lutter contre la corruption

September 19th, 2011 — 10:27pm

Je vais me permettre de reprendre une idée proposée par un utilisateur du site, à savoir rendre disponibles des données sur les entrepreneurs réalisant les chantiers routiers pour lutter contre la corruption. Par les temps qui courent, les scandales de corruption dans le domaine de la construction routière (et pas juste là) font les manchettes à travers le Québec sans qu’il ne soit vraiment possible d’y voir quelque chose. Sur ZoneCone, il y a en permanence près de 150 chantiers actifs juste pour le MTQ et la Ville de Montréal. Ça représente beaucoup d’argent, mais aussi de manière assez éparpillée. Comment y voir quelque chose?

Mais commençons par un cas bien réel. Voilà un an, David Eaves, un gourou des données ouvertes, a publié un billet relatant comment un accès à des données sur les dons à des oeuvres caritatives a permis de mettre en évidence un mécanisme d’évasion fiscale sur des montants de 3.2G$. Vous lisez bien: 3.2 milliards de dollars canadiens. Je vous laisse lire l’article si vous voulez en savoir plus, mais grosso modo en faisant une requête d’accès à l’information sur des déclarations d’impôt, un chercheur s’est aperçu que les plus importants “fundraisers” canadiens étaient des organismes totalement inconnus dans le milieu caritatif. Évidemment, les organismes en question étaient des épouvantails pour de l’évasion fiscale. Un accès à des données publiques et une analyse quantitative ont permis de mettre à jour les rouages d’un plan certes peu sophistiqué mais ô combien efficace!

Revenons à nos moutons: des hommes politiques financés par des entreprises dont certaines sont peu scrupuleuses et qui obtiennent en retour des faveurs sous forme de contrats publics très juteux et la mafia qui trempe dans tout ceci. Dans l’affaire, c’est le contribuable qui paie le champagne à tout ce monde et notre société qui s’enlise au grand complet. Que pourrait-on faire pour rendre les rouages à un peu plus visibles ?

1. Publier les données financières des chantiers. Qui? Combien? Pour faire quoi? Ce serait un bon début. À l’image des organismes caritatifs, il serait possible de simplement sommer les montants pour voir les répartitions. Ceci devrait s’appliquer à l’ensemble des acteurs des chantiers, des firmes de génie-conseil qui ont fait les plans jusqu’au différents niveaux de sous-contractants. Si d’autres provinces ou pays se mettent à publier des données équivalentes, cela permettrait également de mettre en évidence les disparités.

2. Publier les données d’infractions fiscales des entreprises. Une sorte de resto-net des entrepreneurs. Dans mon cas je m’intéresse aux entrepreneurs soumettant pour des contrats publics, mais c’est une information très intéressante de manière plus large. Ce type de mesure augmenterait sans doute la pression de ne pas choisir les entreprises condamnées. Peut-être.

3. Publier plus ouvertement l’information des donnateurs de partis politiques. Ce genre d’information est déjà largement utilisé aux U.S.A avec des initiatives comme Influence Explorer dont le rôle n’est pas négligeable. Cependant les enquêtes récentes sur le domaine de la corruption montrent combien l’argent versé aux partis se fait souvent par des prêtes-noms. De cette manière, il est assez difficile de faire le lien direct entre les entreprises, les prêtes-noms et les politiciens, des enquêtes sont alors nécessaires.

En regardant les points précédents, on constate d’abord que chacune des propositions commence par “publier les données”, c’est l’idée des données ouvertes. Et quand je dis publier, c’est essayer de rendre cela accessible, ouvert et pérenne. Ensuite, si chacune de ces sources d’information sont intéressantes indépendamment, les combiner serait encore plus puissant puisque cela permettrait de créer des liens: quelles entreprises condamnées ont encore des chantiers actifs, pour quels montants et autorisés par qui? On peut aussi gager qu’il serait possible de mettre en évidence certains schémas récurrents dans la distribution des chantiers, les partenariats, les influences locales et bien d’autres…

Comme je dis souvent, les données ouvertes ne résoudront les problèmes de faim dans le monde, et cela ne mettra pas fin aux problèmes de corruption non plus. Cependant cela peut mettre en évidence certains rouages de la mécanique cachée de ce système corrompu et ainsi mieux le comprendre. Ce n’est pas beaucoup, mais étant donné l’actuel flou autour de toutes ces affaires, ce serait mieux que rien!

Moulin à vent

Don Quichotte, es-tu là ? (Île aux Coudres, 3 août 2009)

4 comments » | Données Ouvertes, Rêvons un peu

Réfléchir à voix haute

September 16th, 2011 — 7:38pm

Telle sera la vocation de ce blogue: réfléchir à voix haute, jouer avec des idées et des concepts, essayer de remettre en cause des paradigmes et pourquoi pas valider des hypothèses.

Sur quels sujets ? La raison d’être de ZoneCone amènera nécessairement la réflexion à se porter sur les chantiers routiers et l’information qui s’y rapporte. Cependant ZoneCone se place dans une vision plus large qui englobe l’innovation -notamment dans des systèmes ouverts, les données ouvertes et la mobilité, donc des sujets assez vastes et à peu près inépuisables. Enfin toute autre question qui serait profitable pour mon auditoire (probablement assez restreint) pourrait également être abordée.

Évidemment, il sera aussi de question d’aspects plus techniques comme du développement de ZoneCone, des fonctionnalités à ajouter aux tentatives de “développement des affaires”. À noter que ce terme de développement des affaires concerne les démarches entamées pour rendre le site plus visible et plus utilisé, le développement commercial n’étant pas dans les objectifs que je me suis fixé. Si le coeur m’en dit, j’expliquerai ici mes plans en vue de la domination du monde. Des billets pourraient également avoir une vocation autopromotionnelle mais je promets de ne pas en abuser!

Tout cela va représenter un changement de ton dans mon cas. Voilà depuis 2003 que je bloque sur un ton volontier sarcastique et allant surtout dans le commentaire éditorial. Cette fois-ci, l’objectif sera une réflexion plus posée et en plus de 140 caractères. Cela ne m’empêchera pas pour autant de commenter l’actualité comme je compte le faire dans le prochain article. Mais il va de soi que la fréquence de mise à jour n’ira brûler les yeux des personnes: le temps et les idées à développer ne sont pas illimités!

Les commentaires sont évidemment les bienvenus, que ce soit directement sur le blogue ou par courriel. Les nouveaux billets seront évidemment visibles via le fil RSS et je les annoncerai également par le compte twitter @zonecone.

Bonne lecture!

Cordage

À bord du Niagara (Montréal, 16 sept. 2011)

 

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