Category: Rêvons un peu


ZoneCone devient 511 Ouvert… ou quelque chose comme ça

June 14th, 2012 — 2:49pm

Après plusieurs mois de silence et une production finalement assez faible, je fais appel à ce blogue pour ce qui sera probablement son dernier billet. Malgré le peu d’activité sur ZoneCone, les derniers mois ont été mis à contribution pour essayer donner une suite à ZoneCone et il me fait plaisir d’annoncer aujourd’hui, avec un peu de retard, que c’est chose faite: le concept développé pour ZoneCone aura l’occasion d’être pleinement exploité dans les prochains mois.

Petit retour en arrière pour expliquer la genèse de ce projet à venir: lors du développement de ZoneCone, il m’est rapidement apparu qu’il ne serait pas possible d’obtenir une couverture géographique et une qualité de données suffisante pour en faire un service vraiment utile. Les données en jeux dépendent de trop nombreux intervenants, plusieurs ne publient pas ces données et ceux qui le font utilisent des formats trop variés. Enfin, suite aux commentaires des utilisateurs et mes propres expériences, il devenait évidemment qu’une simple application web n’était pas un bon véhicule: il fallait que l’information soit rendue disponible à travers des outils déjà utilisés par les citoyens, à travers des téléphones intelligents et idéalement intégrés à des applications déjà utilisées comme Google Maps.

C’est avec cette vision et le support de James McKinney et de Nord Ouvert que nous avons déposé un projet de standardisation des données d’entraves routières auprès de GéoConnexions, un programme fédéral faisant la promotion des infrastructures de données géospatiales au Canada. Et c’est avec une certaine surprise et surtout beaucoup d’enthousiasme que nous avons appris en avril dernier que notre projet était accepté. Au mois de mai, j’ai donc réalisé le saut: travailler à plein temps avec Nord Ouvert pour développer ce projet.

Le financement obtenu est d’un montant d’environ 175k$, couvre une période de 18 mois et vise le développement de deux éléments intimement liés: Le premier élément est la mise sur pied d’un standard de données et une API dans la même philosophie que Open311 et facilitant l’accès des données d’entraves routières. Ce format sera, assez logiquement, utilisable et “implémentable” par n’importe qui selon une licence ouverte. Le second élément est une application web open source permettant de gérer et de publier des données d’entraves routières. En effet plusieurs instances gouvernementales, notamment municipales, n’ont pas les moyens de développer des outils de publication des données ni d’acquérir des logiciels souvent complexes et couteux. Cette application vise donc à combler l’information manquante, notamment venant des municipalités de moyenne taille.

De manière à rencontrer les attentes des gouvernements, le projet a été bâti avec des collaborateurs pouvant nous soutenir par leurs connaissances des besoins et du milieu. Au niveau gouvernemental, nous allons travailler avec le Ministère des Transports de la Colombie-Britannique ainsi que les villes de Montréal, Ottawa et Repentigny. Au niveau institutionnel, nous comptons sur la collaboration de Nicolas Saunier, professeur assistant spécialisé en transports à l’École Polytechnique de Montréal ainsi que le Living Lab de Montréal et l’Institut International de Logistique de Montréal. À cela s’ajoute la présence de David Eaves pour nous aider à promouvoir le standard et InstantGeo qui va représenter les “consommateurs” potentiels du format standard. Ces collaborateurs ont pour vocation de supporter le processus de design et de développement. Écoutant plusieurs acteurs ayant eu à bâtir de tels formats de données, nous allons conserver ce noyau de collaborateurs pour développer les éléments clés. En effet nos moyens demeurent limités et la coordination des différents acteurs consomme beaucoup de temps. Dans une optique d’ouverture et de communauté chère aux mouvements open source et open data, nous allons mettre en place des moyens nous permettant de partager le fruit de notre travail et prendre en compte les remarques qui émergeraient de la communauté.

Nous travaillons également à contacter d’autres villes et provinces pour prendre connaissance de leur niveau d’avancement concernant la gestion de ces données. Le travail en est encore aux étapes préliminaires et donc peu de choses à dire sur le projet pour le moment. Les choix techniques au niveau du format de données et de l’API ne sont pas encore faits et nous évaluons si nous pouvons nous raccrocher à des formats ou des logiques existantes. Pour la plateforme, elle sera développée avec le framework Django. Un site web dédié au projet devrait être mis en place dans les mois à venir. Pour l’heure ZoneCone demeure fonctionnel mais la curation que je réalisais sur les événements (pour améliorer certaines données insuffisantes) est suspendue depuis plusieurs mois car trop prenante en temps. D’ici quelques mois, ZoneCone sera probablement remplacé par une instance de la plateforme open source que nous développons. Pour toute question, vous pouvez me contacter par courriel: stephane [at] opennorth.ca

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Les données ouvertes pour (essayer de) lutter contre la corruption

September 19th, 2011 — 10:27pm

Je vais me permettre de reprendre une idée proposée par un utilisateur du site, à savoir rendre disponibles des données sur les entrepreneurs réalisant les chantiers routiers pour lutter contre la corruption. Par les temps qui courent, les scandales de corruption dans le domaine de la construction routière (et pas juste là) font les manchettes à travers le Québec sans qu’il ne soit vraiment possible d’y voir quelque chose. Sur ZoneCone, il y a en permanence près de 150 chantiers actifs juste pour le MTQ et la Ville de Montréal. Ça représente beaucoup d’argent, mais aussi de manière assez éparpillée. Comment y voir quelque chose?

Mais commençons par un cas bien réel. Voilà un an, David Eaves, un gourou des données ouvertes, a publié un billet relatant comment un accès à des données sur les dons à des oeuvres caritatives a permis de mettre en évidence un mécanisme d’évasion fiscale sur des montants de 3.2G$. Vous lisez bien: 3.2 milliards de dollars canadiens. Je vous laisse lire l’article si vous voulez en savoir plus, mais grosso modo en faisant une requête d’accès à l’information sur des déclarations d’impôt, un chercheur s’est aperçu que les plus importants “fundraisers” canadiens étaient des organismes totalement inconnus dans le milieu caritatif. Évidemment, les organismes en question étaient des épouvantails pour de l’évasion fiscale. Un accès à des données publiques et une analyse quantitative ont permis de mettre à jour les rouages d’un plan certes peu sophistiqué mais ô combien efficace!

Revenons à nos moutons: des hommes politiques financés par des entreprises dont certaines sont peu scrupuleuses et qui obtiennent en retour des faveurs sous forme de contrats publics très juteux et la mafia qui trempe dans tout ceci. Dans l’affaire, c’est le contribuable qui paie le champagne à tout ce monde et notre société qui s’enlise au grand complet. Que pourrait-on faire pour rendre les rouages à un peu plus visibles ?

1. Publier les données financières des chantiers. Qui? Combien? Pour faire quoi? Ce serait un bon début. À l’image des organismes caritatifs, il serait possible de simplement sommer les montants pour voir les répartitions. Ceci devrait s’appliquer à l’ensemble des acteurs des chantiers, des firmes de génie-conseil qui ont fait les plans jusqu’au différents niveaux de sous-contractants. Si d’autres provinces ou pays se mettent à publier des données équivalentes, cela permettrait également de mettre en évidence les disparités.

2. Publier les données d’infractions fiscales des entreprises. Une sorte de resto-net des entrepreneurs. Dans mon cas je m’intéresse aux entrepreneurs soumettant pour des contrats publics, mais c’est une information très intéressante de manière plus large. Ce type de mesure augmenterait sans doute la pression de ne pas choisir les entreprises condamnées. Peut-être.

3. Publier plus ouvertement l’information des donnateurs de partis politiques. Ce genre d’information est déjà largement utilisé aux U.S.A avec des initiatives comme Influence Explorer dont le rôle n’est pas négligeable. Cependant les enquêtes récentes sur le domaine de la corruption montrent combien l’argent versé aux partis se fait souvent par des prêtes-noms. De cette manière, il est assez difficile de faire le lien direct entre les entreprises, les prêtes-noms et les politiciens, des enquêtes sont alors nécessaires.

En regardant les points précédents, on constate d’abord que chacune des propositions commence par “publier les données”, c’est l’idée des données ouvertes. Et quand je dis publier, c’est essayer de rendre cela accessible, ouvert et pérenne. Ensuite, si chacune de ces sources d’information sont intéressantes indépendamment, les combiner serait encore plus puissant puisque cela permettrait de créer des liens: quelles entreprises condamnées ont encore des chantiers actifs, pour quels montants et autorisés par qui? On peut aussi gager qu’il serait possible de mettre en évidence certains schémas récurrents dans la distribution des chantiers, les partenariats, les influences locales et bien d’autres…

Comme je dis souvent, les données ouvertes ne résoudront les problèmes de faim dans le monde, et cela ne mettra pas fin aux problèmes de corruption non plus. Cependant cela peut mettre en évidence certains rouages de la mécanique cachée de ce système corrompu et ainsi mieux le comprendre. Ce n’est pas beaucoup, mais étant donné l’actuel flou autour de toutes ces affaires, ce serait mieux que rien!

Moulin à vent

Don Quichotte, es-tu là ? (Île aux Coudres, 3 août 2009)

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